Seisme au Chili, par Simon, étudiant à Valparaiso

 

Je suis étudiant à Sciences Po Paris et actuellement en année d’étude à Valparaiso au Chili, je me suis permis de couvrir l’événement. Le tremblement de terre ressenti plus au Sud se vit très différemment ici, sur la côte.

 

 CHILI : TREMBLEMENT DE TERRE

 

VALPARAISO, LA VILLE FANTOME

 

 Un tremblement de terre dont la première secousse s’est faite ressentir à 3h34, d’une magnitude de 8,5 sur l’échelle de Richter, a plongé le Chili dans une situation périlleuse. Si au Sud du pays les dégâts sont importants, le Chili long de plus de 4000km est aussi, au même instant, marqué de contrastes saisissants. A Valparaiso, sur la côte Pacifique à 130km au Nord de Santiago, la légère panique de la nuit fait désormais place à un calme inquiet.

Au milieu de la nuit, dans les villes principales de la Cinquième Région du Chili, la seconde plus dynamique du pays, les habitants sont tous sortis de leurs maison, inquiets mais aussi curieux. A Reñaca, ville proche de Valparaiso, des centaines de voitures se sont pressées vers les collines, générant des embouteillages importants. L’absence de feux de signalisation contribua par ailleurs  au désordre nocturne. 15 heures après, peu de dégâts sont à déplorer dans les villes de la région malgré l’accumulation de 6 répliques violentes à plus de 6 sur l’échelle de Richter, durant l’après-midi du 27. Lors du tremblement de terre de 1985, qui reste dans toutes les mémoires ici, le port de Valparaiso avait par exemple beaucoup souffert, perdant notamment une immense grue de chargement, un véritable symbole pour le deuxième port du pays. Suite au tremblement du 27 février, l’ensemble de la structure est cette fois-ci en bon état. Au téléphone, Alejandro Roldan, travailleur de TPS l’entreprise principale du port, me signale que « l’ensemble des installations sont fermées à tout type d’embarcation ». Les bateaux et cargos ont ainsi quitté le port pour se placer dans la baie, obéissant aux règles de sécurité préétablies, et y sont encore à 18h.

Viña del Mar et ses voisines, villes modernes et touristiques, ont peu souffert et les édifices souvent récents ont tenu sans problème. 5 morts sont à déplorer dans la cinquième région (147 dans tout le pays). Dans la matinée, plusieurs centaines de chiliens s’étaient massés sur la côte, essayant de deviner le comportement à venir de l’océan. En cas de tsunami, les habitants  ont pour consigne d’aller se placer sur les « cerros », ces collines sur lesquelles une partie des villes s’adossent. Jorge Peña, un habitant de Viña précise que « la plage est un lieu très sûr car en cas de tsunami il ne faudrait que cinq minutes pour courir et monter se réfugier sur la colline proche».

 

 

Le calme pendant la tempête

Pourtant, malgré cette situation inédite et les images dramatiques qui circulent de plus en plus, le calme est commun à toute la Cinquième Région. A Algarrobo, village touristique à environ 400km de Valparaiso, tout est très calme et les touristes continuent leur journée de détente. Valparaiso et ses voisines pourraient, quant à elles, être qualifiées de villes fantômes. Tous les commerces sont fermés et l’unique restaurant ouvert dans le bas de Valparaiso a du fermer à 16h après une nouvelle réplique.  Bien que 70% du territoire soit touché, la seconde ville du pays a ainsi été épargnée à la fois par les destructions mais aussi, et surtout, le vent de panique. A Viña del Mar, tous les commerces, ou presque, sont fermés et les chiliens suivent les deux principales consignes de sécurité : rester dans sa maison et couper le gaz. Les travailleurs sont appelés à rester chez eux lundi et mardi pour permettre des études de la solidité des bâtiments. De la même façon, la rentrée des classes  (de l’école primaire à l’université) prévue le 1er mars est repoussée à la semaine suivante.

 

            Problèmes de communication

La communication, ou plutôt l’absence de communication, génère deux situations problématiques. D’une part, les secours ne peuvent s’organiser de façon optimale car seules les ondes radio peuvent fonctionner. Les routes sont en parties détruites dans le sud mais aussi plus au nord au niveau d’Antofagasta où des embouteillages ont pu être observés. Qu’il s’agisse de communication virtuelle ou physique, les complications sont donc nombreuses.

Par ailleurs, l’absence d’électricité jusqu’à la matinée a isolé Valparaiso et Viña del Mar du Sud du pays, de telle sorte que, paradoxalement,  la panique a cédé rapidement la place à un calme inquiet. Si jusqu’à 5h du matin un balais de voiture incessant troubla le calme nocturne, très vite les habitants sont rentrés chez eux pour écouter les informations. Coupés pour la plupart de tout moyen de communication, les chiliens de la région n’ont ainsi pas subis de plein fouet le choc des images. Il a fallut attendre la fin de matinée ou même le milieu de l’après-midi pour que les télévisions marchent à nouveau.

De façon anecdotique mais révélatrice de la situation, le Festival de chanson de Viña del Mar, de renommée continentale, devrait être annulé. La dernière soirée prévue le 27 n’aura pas lieu et les équipes de télévisions ont regagné Santiago ou Concepción pour couvrir la catastrophe. Dans les jours à venir, l’œil médiatique sera fixé sur la région du Bio-Bio. Et cette « inquiétude passive », comme le note Felipe Vilches, gérant d’un hôtel de Viña, devrait continuer de hanter Valparaiso et sa région.

 

 

Simon Ruben

 

 

Un site, important :

www.chilepersonfinder.appspot.com

 

Il permet de retrouver, ou du moins chercher et signaler des personnes pour rassurer les familles et avoir une vue plus large et ordonnée de la situation.

 

 

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